Une synagogue libérale

Kehilat Kedem est une synagogue qui s’ancre dans le mouvement juif libéral, issu de la rencontre entre le judaïsme et les Lumières.

Le judaïsme libéral, présent en France depuis le dix-neuvième siècle, prône un usage (au moins partiel) de la langue vernaculaire dans le cadre du culte, une approche critique des textes et le dialogue inter-religieux ; il insiste sur l’importance de l’action réelle des fidèles dans la vie de la cité, notamment par l’intermédiaire de la Tsedaka.

Le mouvement juif libéral est relativement minoritaire en France. Pourtant, il représente près de la moitié des Juifs aux Etats-Unis, en Grande-Bretagne ou encore aux Pays-Bas.

Un peuple élu

Le peuple d’Israël est un peuple élu mais cette élection est une charge et une responsabilité, non matière à glorification. Cette charge est celle d’être un peuple de prêtres, ou encore, comme le dit Isaïe, d’être une lumière parmi les nations. Le devoir du peuple juif est donc de pratiquer la Tsedaka, de transmettre les idéaux des Lumières et d’œuvrer à la rédemption du monde (Tikkun Olam). Cette rédemption amènera l’ère messianique, qui sera atteinte collectivement par une humanité en marche vers la Lumière. Le judaïsme libéral ne croit pas en un Messie unique et personnalisé, et considère les prophéties messianiques comme des métaphores, annonçant un progrès général et une amélioration de l’humanité dans son ensemble. Le Messie, c’est l’Humain

Une relecture perpétuelle

La Bible hébraïque et le Talmud sont des textes essentiels mais, s’ils sont d’inspiration divine, ils ont bel et bien été rédigés par des êtres humains. Ces textes ne sont donc pas infaillibles et doivent faire l’objet de lectures critiques. Ils témoignent des expériences et de la pensée des Hommes à une certaine époque et dans un certain contexte et doivent être considérés comme les sources historiques d’une pensée, et non comme des dogmes immuables.

Une Loi au service des Hommes

Durant toute son histoire, le judaïsme a évolué. La Halakha (loi religieuse) n’a donc pas de raison d’être considérée comme immuable : ce qui était bon pour nos pères peut encore être bon pour nous. Ou non. La Loi est là pour servir les Hommes, non pour les asservir et elle doit être constamment repensée, réinterprétée, réétudiée. Ni le littéralisme, ni l’obéissance aveugle au texte n’ont leur place dans le judaïsme libéral.

Liberté de conscience et de pratique

L’éthique, la liberté de conscience et la raison ne peuvent être ignorées : la valeur spirituelle et morale des commandements reste bien entendu essentielle mais le rituel, en revanche, est considéré comme un moyen et non comme une fin : chacun est libre de pratiquer quand et comme il l’entend, et l’intention, la morale et les raisons d’un acte importent davantage que sa forme.

Rites et liturgie

Pour autant, les rites ont une importance primordiale. Ils rythment la vie humaine, séparent le temps profane du temps sacré, marquent les grands événements et inscrivent nos existences personnelles dans le temps long de l’histoire collective. Leur liturgie peut varier et la manière de les organiser est libre mais leur pratique est considérée comme capitale.

Usages linguistiques

Les liturgies du judaïsme libéral sont bilingues : l’hébreu, langue sacrée et rituelle, y côtoie la langue commune. Il n’est pas choquant, pour qui le préfère, de s’adresser à l’Eternel en français. La pratique et l’étude de la langue hébraïque, garantes d’un accès direct au texte sacré, est cependant encouragée.

Égalité

Le judaïsme libéral est égalitaire, ne faisant pas de différence de traitement entre hommes et femmes. Les femmes comptent au minian, peuvent monter à la Torah, peuvent être rabbins. Elles portent la kippa si elles le souhaitent, ainsi que le talit et les tefillins. En cas de divorce, le guett est accordé automatiquement, dès que le divorce civil est prononcé. Cette égalité implique également l’acceptation d’un double lignage : les enfants dont seul le père est juif sont bel et bien juifs.