2026
Parasha Chelah Lekha : conquérir la terre ou conquérir la liberté ? Par le rabbin Floriance Chinsky
Dans la parasha Chelah Lekha, D.ieu accepte que le peuple envoie des explorateurs, à raison d’un par tribu, afin de décrire la terre de Canaan aux israélites. Mais à leur retour, la majorité des explorateurs, à l’exception de Caleb ben Yafune et de Josué bin Noun, considèrent que la conquête est impossible et racontent des histoires effrayantes sur ce qu’ils ont vu. Les Israélites se lamentent et protestent, menaçant de lapider Moïse, Aaron, Caleb et Josué. D.ieu décide alors d’exterminer le peuple et de le remplacer par une nouvelle nation, qui descendrait de Moïse, mais Moïse plaide la cause des enfants d’israël devant Lui et parvient à obtenir leur grâce. L’Eternel décide cependant que la génération actuelle mourra dans le désert, sans passer le Jourdain.
Sont ensuite prescrites des lois de prélèvements agricoles, des lois sur le Shabbat et le devoir de porter les tzitzits pour se souvenir de toutes les mitzvot.
Photo de Maja Petric sur Unsplash
2026
Parasha Behaalotekha : élévation, mysticisme et responsabilité, par le rabbin Delphine Horvilleur
Dans la parasha Behaalotekha, D.ieu indique à Aaron comment faire monter les lumières de la ménorah du Tabernacle. Il établit les règles pour la consécration des Lévites et prescrite une seconde Pâques pour ceux qui n’ont pas été en mesure de réaliser la première.
Une colonne de nuées et une colonne de feu guident les Israélites dans leurs voyages, au son de trompettes. Le peuple en vient à regretter les viandes d’Egypte et à murmurer contre Moïse. Aaron et Myriam remettent en question l’autorité du prophète et en punition, Myriam est frappée par une «lèpre» (tzaraat).
2026
Parasha Nasso : la bénédiction qui en cache six autres, par le rabbin Gabriel Farhi
Dans la parasha Nasso, D.ieu énonce les fonctions des Gershonites et des Mérarites, puis les règles de purification du campement. Contrairement aux Qéhatites, les Gershonites et les Mérarites ont des chariots, mais pas d’ornements aux épaules. Le texte décrit ensuite la structure du camp et l’isolement dont doivent faire l’objet les individus impurs. La loi de mise à l’épreuve de l’épouse accusée d’infidélité est décrite, ainsi que la bénédiction sacerdotale et les offrandes des princes pour le Tabernacle.
2026
Parasha Behar-Behoukoutai : le commentaire de Claire
Cette semaine, nous lisons la double paracha Behar-BE’houkotaï qui clôture Vayikra. Behar nous parle Shemitah, l’année sabbatique: tous les 7 ans, la Terre d’Israël doit être laissée au repos. On arrête de cultiver, on renonce à posséder et chacun peut se nourrir librement de ce que la terre donne. Mais la paracha va encore plus loin avec le Yovel, le Jubilé : après 50 ans, les terres retournent à leurs propriétaires d’origine, les dettes sont effacées, les hommes retrouvent leur liberté. Les déséquilibres sociaux ne restent pas permanents (quelle idée moderne !). Et puis Be’houkotaï nous dit que si le peuple d’Israël vit en respectant les Lois édictées par D., alors cela lui apportera des bénédictions. Mais s’il s’en éloigne, la Torah décrit une série d’épreuves que D. impose au peuple d’Israël.
Je me suis demandée en quoi ces parachiot me parlaient aujourd’hui dans ma vie. Et la réponse m’est venue du contraste saisissant entre mon lieu de travail, le bloc opératoire et ma passion, passer du temps dehors. Je travaille dans un lieu fermé, presque coupé du monde. Tout y est contrôlé, la lumière, l’air, les gestes. Le degré d’exigence et d’efficacité est très élevé. Et puis dès que je peux, je pars. Je m’évade dans la nature, là où je ne maîtrise rien, ni la météo, ni le terrain, rien. Et pourtant, je respire mieux. Entre ces deux mondes, je me demande: où est ma vraie place ?
En lisant Behar- Be’houkotaï, j’ai eu l’impression que ce n’était peutêtre pas la bonne question. Car la Torah nous dit quelque chose de radical, la terre ne nous appartient pas. Avec la Shemitah, elle impose un arrêt. Tous les 7 ans, on laisse la terre tranquille. On arrête de produire et d’exploiter. C’est une idée presque choquante aujourd’hui. Nous vivons dans un monde où tout pousse à faire plus, tout doit être optimisé. Comme si notre valeur dépendait de notre capacité à ne jamais nous arrêter. Même dans des lieux comme le bloc opératoire où tout est nécessaire et tout devrait avoir du sens, il y a cet objectif de performance, cette illusion de toujours devoir faire mieux.
On épuise tellement les soignants qu’ils deviennent incapables de produire ce pour quoi ils sont faits: du soin. Comme une terre surexploitée qui ne pourrait plus donner de fruits faute de substrat. Mais dès que je retourne dans la nature, quelque chose se remet en place. La montagne ne me demande rien, elle ne produit pas pour moi. Elle existe, simplement. Et moi, je ne suis plus une infirmière de qui on exige la perfection, je redeviens quelqu’un qui reçoit. Peut-être que la Shemitah ne parle pas seulement de la terre mais aussi de nous. De notre capacité à nous arrêter, à lâcher-prise et à accepter que tout ne dépend pas de nous.
Dans Be’houkotaï, la Torah nous dit aussi que dès que nous oublions tout cela, lorsque nous vivons dans une illusion de toute puissance, quelque chose finit par se déséquilibrer. La Torah parle alors de malédictions, de punitions. Je le vois comme étant peut-être les conséquences d’un monde, et d’hommes, exploité à l’extrême et qui finit par céder.
Alors peut-être que la question n’est pas : où est ma place? Mais plutôt : comment est-ce que j’habite le monde? Est-ce que je vis comme une propriétaire ou comme une gardienne? Peut-être que chacun de nous a besoin de sa propre Shemitah. Un moment ou un espace où l’on arrête de produire et où l’on est simplement. Pour moi ce sont ces moments dehors, sur un sentier de montagne, face à quelque chose de plus grand que moi. La Torah nous enseigne qu’il faut cesser de vouloir posséder le monde et accepter, enfin, d’en faire partie.
Claire