La vache rousse : faut-il tout comprendre pour croire ? – Drasha de Claire
En étudiant la paracha Houkat, je me suis arrêtée sur les premiers mots du texte :
« Zot Houkat HaTorah » – « Voici le décret de la Torah ». Pourquoi la Torah utilise-t-elle ici le mot hok ?
Nos sages distinguent traditionnellement plusieurs catégories de mitsvot.
Les michpatim sont les commandements dont la logique morale ou sociale est accessible à la raison humaine. Même si la Torah ne les avait pas prescrits, nous comprendrions spontanément la nécessité d’interdire le meurtre, le vol ou le faux témoignage.
À l’inverse, les houkim sont des commandements dont la raison profonde échappe à notre compréhension.
Dans le traité Yoma 67b, le Talmud cite plusieurs exemples de houkim : l’interdiction du chaatnez, le bouc émissaire de Yom Kippour et la vache rousse.
La vache rousse est probablement le plus célèbre.
Son paradoxe est bien connu : les cendres de la vache rousse purifient celui qui est devenu impur au contact d’un mort, mais elles rendent impur celui qui participe à leur préparation.
Comment une même chose peut-elle à la fois purifier et rendre impur ?
En lisant ce passage, une question m’est venue à l’esprit : Tout ce qui est vrai doit-il être compréhensible ?
Cette question me parle particulièrement parce que, dans mon étude du judaïsme, j’ai souvent cherché à comprendre avant d’accepter. Pourquoi cette mitsva ?
Pourquoi cette pratique ?
Pourquoi cette règle ?
Et je crois que cette démarche est profondément juive. Après tout, une grande partie du Talmud est construite sur les questions, les objections et les débats. La recherche de la vérité passe souvent par la discussion.
Pourtant, la vache rousse semble nous placer devant une limite.
Dans Bamidbar Rabbah 19:3, les Sages rapportent que même le roi Salomon, pourtant considéré comme l’homme le plus sage de son époque, déclara à propos de la vache rousse, en s’appuyant sur le verset de Kohélet (7:23) :
« J’ai voulu devenir sage, mais cela est resté loin de moi. » Si même Salomon ne comprend pas entièrement cette mitsva, quel rapport devons-nous entretenir avec ce qui dépasse notre intelligence ? La réponse la plus simple serait peut-être de dire :
« Il faut croire sans comprendre. »
Mais cette réponse ne me satisfait pas vraiment. Car croire sans chercher à comprendre peut rapidement devenir du dogmatisme. Or ce n’est pas l’image que la Torah nous donne de la sagesse. Abraham questionne D. à propos de Sodome. Moïse questionne D. à plusieurs reprises.
Le Talmud est rempli de discussions où les Sages interrogent, contestent et cherchent sans cesse à approfondir leur compréhension du texte.
Le judaïsme ne semble donc pas opposer l’adhésion à la Torah à la réflexion.
La véritable opposition n’est pas entre comprendre et accepter. Peut-être qu’elle se situe entre deux attitudes différentes. La première consiste à dire :
« Je ne comprends pas encore, donc je vais continuer à chercher. » La seconde consiste à dire :
« Je ne comprends pas, donc cela ne peut pas être vrai. » La première attitude est celle de l’humilité. La seconde peut parfois devenir une forme d’orgueil intellectuel.
Cette idée me rappelle la célèbre phrase attribuée à Socrate : « Tout ce que je sais, c’est que je ne sais rien. »
Socrate ne rejetait pas la connaissance. Il consacra sa vie à la rechercher. Mais il avait compris que la sagesse commence lorsque l’on reconnaît les limites de son propre savoir.
Je retrouve une intuition similaire chez Maïmonide. Dans le Guide des Égarés, notamment dans la troisième partie de son ouvrage, le
Rambam explique que l’intelligence humaine peut progresser considérablement dans la connaissance de D. et de Sa création, mais qu’elle ne pourra jamais saisir pleinement l’Essence divine. Plus nous apprenons, plus nous découvrons ce qui nous dépasse encore.
Cette idée me paraît profondément liée à la vache rousse. La Torah ne nous demande pas de renoncer à notre intelligence. Elle nous demande de l’accompagner d’humilité.
Chercher à comprendre est une obligation.
Prétendre que tout doit être compris est une illusion.
Dans mon propre parcours, je découvre souvent que chaque réponse ouvre de nouvelles questions.
Au début, cela pouvait être frustrant.
Aujourd’hui, j’y vois plutôt une richesse.
Car la sagesse ne consiste peut-être pas à posséder toutes les réponses. Elle consiste à continuer à chercher avec sincérité, même lorsque certaines réponses nous échappent encore.
C’est pourquoi je ne vois pas la vache rousse comme une invitation à l’obéissance aveugle. Je la vois plutôt comme une invitation à l’humilité intellectuelle.
Elle nous rappelle que la raison est un don précieux, mais qu’elle n’est pas nécessairement la mesure de toute chose.